Magazine l'Histoire
Février 2009

"En 46 minutes, Henry Colomer propose une traversée des jours de la Belle Époque aux années 1930, dont le pivot est la Grande Guerre. Avec l’audace d’une lecture personnelle des archives filmées britanniques, françaises, allemandes, italiennes, il se tient au plus près des visages et des corps, du souffle du vent et de la vie, de la lumière, des regards, des sourires, du quotidien de ces décennies marquées par la tragédie. C’est une exquise et déchirante histoire des « choses banales » sans un mot de commentaire, racontée par la grâce du montage et d’une musique symphonique originale composée par Jacopo Baboni Schilingi. Son fil directeur – les étoffes, leur marquage symbolique, celui des drapeaux, des bannières, des uniformes – paraîtra inattendu. Faites confiance au génie poétique et à la science historique d’Henry Colomer : le film est superbe ! Et chaque plan pourrait être le commencement d’une histoire." Séverine Nikel


Magazine Télérama

Février 2009

 

"Le tissu des drapeaux, des chemises à jabot, des blouses d'écoliers, le taffetas des robes, le drap des lits et celui des cabans, des capotes de poilus qui marchent vers le front, la maille ensanglantée sur les cadavres abandonnés dans la boue des tranchées, la gaze des bandages, le tissu des linceuls, la bannière étoilée couchée sur un cercueil, les froufrous érotiques de la paix retrouvée... L'étoffe des héros disparus et celle des rêves pour un temps réveillés. Dans la masse des archives filmées des années 1910 aux années 1930, le réalisateur Henry Colomer a puisé la matière de cet essai documentaire, évocation muette et subtile d'une période qui a connu les horreurs de la Grande Guerre et les prémices de la Seconde, à travers vêtements et textiles de toutes sortes, révélateurs des humeurs tour à tour insouciantes et terribles de l'époque.

Porté par une musique orchestrale spécialement com­posée par Jacopo Baboni Schilingi, Sous les drapeaux propose au spectateur une forme originale de film historique, rendant sur un mode impressionniste les couleurs d'une période abondamment labourée par le genre documentaire." François Ekchajzer

 

 

 

Magazine Politis

Février 2009

 

 


Au fil du temps

 

"Un mouflet en uniforme qui joue au soldat, d’autres bambins qui chahutent dans la paille estivale, une vieille tisserande aux mains calleuses, des Bretonnes tricotant au pied des flots et ressacs, une procession sagement menée, un mariage champêtre peuplé d’un petit monde endimanché, un atelier de confection avec ses machines et bobines infernales, des baronnes et rombières chapeautées, des coquines décolletées, une foule de musiciens, de casseroleurs, des opérateurs fixant la sortie d’usine gavée de bleus de travail…

 

Henry Colomer a choisi une approche originale pour raconter la première partie du XXe siècle. Des prémices de la Première Guerre mondiale, quand le cinéma est encore dans son berceau, à la montée des totalitarismes. Une histoire en noir et blanc, muette, tissée d’archives (françaises, allemandes, yougoslaves, anglaises) avec les étoffes pour dénominateur commun. Drapeaux, vêtements de ville, de campagne, de bord de mer, d’une classe sociale à l’autre. Une autre façon de lire la grande histoire, avec ses uniformes, ses pansements, ses langes et linceuls. Autant de signes qui fixent une époque, témoignent, porteurs de symboles qui vont de la naissance à la mort. Des signes qui identifient, différencient, confrontent.

Rythmé par un remarquable montage et par la musique symphonique contemporaine de Jacopo Baboni Schilingi (une composition originale créée pour le film), Sous les drapeaux se déploie en trois mouvements, ­s’ouvrant sur la quiétude du début de siècle avant de poursuivre avec la fureur de la Grande Guerre. Roulements de tambour et marches au pas en rangs serrés, défilés, masques à gaz et casques à pointe. Fantassins et cavalerie. Les troufions crevés au fond d’un trou terreux, les déplacements mal assurés dans les tranchées, les cohortes de gueules cassées, de mutilés, les femmes aux labours, les enterrements étirés dans le dégradé de gris endeuillés. Une fois la paix revenue, célébrée en hauts-de-forme et fanfaronnades, ce sera le retour de la musique, des flonflons des années folles, des robes élégantes à côté de tristes hères en guenilles, traîne-misère et traîne-savates. La pause ne s’étire guère longtemps, juste avant qu’une autre étoffe ne s’impose, un étendard frappé d’une croix gammée, comme une parenthèse d’horreurs qui ne se refermerait pas." Jean-Claude Renard

 

 

 

Le Nouvel Observateur

Février 2009

 

 

 

"L'approche est pour le moins originale. Alors que les films sur la Grande Guerre et l'entre-deux-guerres ne se comptent plus, le documentariste Henry Colomer a choisi d'aborder cette période par le biais des étoffes : des costumes de bain aux drapeaux, des vêtements liturgiques aux uniformes, et des langes aux pansements. Sur fond de musique symphonique contemporaine composée par Jacopo Baboni Schilingi, «Sous les drapeaux» déroule une succession d'images d'archives muettes en noir et blanc. Elles restituent parfaitement le temps de l'insouciance, rapidement chassé par celui des défilés militaires et de la mobilisation puis du conflit, avant de laisser place aux Années folles qui ne parviennent pas à cacher la montée des totalitarismes.
Ce documentaire de quarante-cinq minutes donne ainsi à voir des Bigoudènes qui cousent, des écoliers en uniforme ou des femmes lavant leur linge. Puis le rythme s'accélère, laissant percevoir un grondement sourd. Des scènes de bataille succèdent à d'autres, où, au fond des tranchées, les soldats ne font qu'attendre dans le froid et la boue. A l'arrière, les femmes s'organisent, travaillent aux champs ou à l'usine, parfois même comme «munitionnettes». Les images du retour de ceux qu'on a appelés les «gueules cassées» sont bouleversantes tant on sent ces hommes meurtris dans leur chair. La victoire a été obtenue au prix d'un sacrifice humain à l'époque sans égal. En témoignent les monuments aux morts qui se mettent à fleurir dans tous les villages de France. Pourtant, la vie reprend vite le dessus et la fin de la Première Guerre mondiale sonne le début des Années folles, avec ses garçonnes et son charleston. Une période qui ne durera pas : les ombres de Mussolini, de Hitler et de Staline planent sur l'Europe. Mention spéciale au Festival international du Film d'Histoire 2008 à Pessac, «Sous les drapeaux» présente des images si fortes qu'elles appelleraient (presque) un commentaire..."

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